Visite d'un centre de tri - Les Ecolonomes

Visite d’un centre de tri sélectif

Cette année, la semaine européenne de réduction des déchets a eu lieu du 18 au 26 novembre. Parmi la foule d’animations proposées à cette occasion, le syndicat de traitement des déchets de ma communauté de commune, (le SMITOMGA, merci à eux), organisait une visite au centre de tri sélectif du département. Visite à laquelle je me suis empressée de me joindre !

 

Comment fonctionne un centre de tri ?

Les idées les plus farfelues courent sur le tri sélectif, vous en avez déjà entendues, c’est sûr :

Il y a ceux qui croient dur comme fer que ça ne sert à rien de trier chez soi puisque tout est remélangé ensuite, à l’abri des regards… Ou, au contraire, que chaque sac d’ordures ménagères est patiemment ouvert et dispatché selon son contenu par des travailleurs zélés. Il y a ceux qui râlent : ils payent déjà pour la collecte de leurs déchets alors ils ne vont pas, en plus, trier !

Le mieux, pour mettre tout le monde d’accord, c’est encore d’aller voir sur place. Embarquez donc pour une visite guidée au pays des ordures.

 

Quel chemin empruntent mes déchets ?

Pour comprendre ce qu’il se passe dans un centre de tri, retrouvons-nous d’abord devant nos bennes à ordures. Verts, jaunes, bleus, gris, violets ou encore oranges, depuis les années 90 les containers poubelles ont des petits airs d’arc-en-ciel. À l’heure actuelle, en France , nous recyclons 4 types de matériaux chez les particuliers :

  • Le verre
  • Le carton
  • Le papier
  • Les emballages ménagers (briques, bouteilles plastiques, cannettes)

tri sélectif - Les Ecolonomes© CCVG

 

À côté, un dernier container vient accueillir tout ce qui ne rentre pas dans ces catégories et qui n’est pas toxique pour l’environnement (que l’on doit apporter en déchetterie). C’est la poubelle à ordures ménagères résiduelles ou OMR. Celle-ci, son parcours est très simple : elle prendra directement le chemin des centres d’incinération ou d’enfouissement où elle sera pesée en arrivant. Les collectivités payent un tarif à la tonne de déchets pris en charge. Bien sûr cette contribution vous sera finalement facturée dans vos taxes locales. Et c’est tout ! Exit les OMR, il n’y a plus rien à dire.

Les déchets recyclables ont, eux, une fin de vie plus trépidante. Ils seront acheminés, séparément, par camions bennes jusqu’au centres de tri sélectif. À l’entrée, une pesée aura également lieu, pour savoir combien de tonnes de déchets ont été récoltées. Comme pour les OMR, les centres de tri vous facturent leur prestation au poids. À l’intérieur, les contenus sont déversés dans des boxes différents, un pour chaque type de matériaux.

 

De l’intérêt de bien trier

Papiers centre de tri - Les Ecolonomes
Ici les papiers ne seront pas retriés. La qualité des balles dépend directement des usagers.

Le centre de tri que j’ai visité est de dimensions modestes. Il récolte les déchets de deux départements du sud-est de la France qui ont pour particularité d’être faiblement peuplés. C’est, en gros, un hangar de 50m de long sur 10 de large. Ici, faute de temps et d’appareillage adéquat, seuls les emballages sont véritablement triés.

Le verre est simplement stocké avant de repartir, tel quel, chez un recycleur qui se chargera de le refondre pour le refaçonner. Papiers et cartons récoltés seront compressés en balles afin d’optimiser leurs transports vers les papetiers et cartonniers qui se chargeront d’en extraire les éléments indésirables avant de les recycler.

Ces matériaux bruts sont donc revendus aux recycleurs qui les achètent à un prix plus ou moins important selon la qualité et l’homogénéité des lots. Et, comme ce prix de vente est reversé aux collectivités et vient se soustraire à notre redevance pour la collecte des déchets, on comprend aisément que, mieux on trie, moins notre facture sera lourde.

 

La chaîne de tri

Les bennes d’emballages contiennent, quant à elles, différents matériaux qu’il s’agit de séparer avant de les expédier vers les différents recycleurs. En arrivant au pied de la montagne de bouteilles plastiques et de cannettes qui culmine à plusieurs mètres de haut, difficile de ne pas être impressionné. C’est simplement le résultat de quelques jours de collecte… Une aubaine pour ces deux chatons sauvages qui se repaissent des dernières gouttes de lait d’une bouteille retournée. À défaut d’être beau, le spectacle est indéniablement graphique. Pourtant, on ne peut s’empêcher de repérer ici et là quelques intrus dans cet empilement. Sacs poubelle remplis d’ordures, cartons et autres films plastiques viennent un peu gâcher l’effet d’ensemble… et mettre en rogne notre guide de la matinée, responsable de l’équipe de tri et lui-même sur le terrain depuis 10 ans.

Emballages recyclables centre de tri - Les Ecolonomes

Car les consignes de tri sont encore loin d’être suivies à la lettre ! Ce qui ne facilite pas le travail déjà éprouvant des employés sur la chaîne. Mais commençons par suivre le parcours d’un emballage lambda une fois pris en charge par le centre de tri.

 

Pré-tri obligatoire

Régulièrement, une chargeuse vient ponctionner l’incroyable montagne de déchets pour en remplir un immense container. De là, c’est parti pour les montagnes russes : empruntant un tapis roulant, les pseudos emballages sont envoyés dans un grand rouleau, percés d’orifices de 6 cm de diamètre, qui tourne sur lui-même. Le but de cette étape est d’éliminer en amont le maximum de détritus de très petite taille : bouchons, capsules, opercules… En effet, la plupart des traitements de recyclage nécessitent de chauffer les matériaux. Ceux-ci se rétractent alors et, s’ils sont trop petits, il n’en reste presque rien.

Au sortir du rouleau, un pré-tri est effectué manuellement par deux personnes pour retirer le plus d’intrus possible. Ça va très vite et pourtant il y a de quoi faire ! Cartons et films plastiques bien sûr, mais aussi sacs poubelle, appareils d’électroménager, gravats et, en saison hivernale, ski et chaussures sont le lot quotidien ! Aïe, on n’est visiblement pas tous au point sur les consignes…

 

La technologie suppléée par les hommes

Vient ensuite le tri proprement dit. Reprenant leur chemin sur tapis roulant, les emballages restants passent d’abord sous un méga aimant qui va éjecter tous les objets métalliques. Ceux-ci tombent en contrebas dans une grande cage en attendant d’être assez nombreux pour être compactés.

Le reste du groupe continue vers une grosse boite bruyante. C’est la trieuse optique. Elle saura détecter trois sortes d’éléments : les plastiques transparents, les plastiques opaques et les emballages cartonnés. En fonction de ce qu’elle aura décelé, de l’air sous pression sera envoyé par dessous les bouteilles transparentes pour les faire « voler » vers une trappe ou par dessus des emballages cartonnés pour les diriger vers une autre. Les bouteilles opaques continueront leur course sans aide et finiront dans une troisième cavité. C’est beau de le progrès… mais ça ne fait pas tout !

Les déchets arrivent alors dans la cabine de tri. Dans cet espace pas franchement gai, cinq personnes sont au travail. Debout devant les trois tapis roulants issus de la trieuse optique, elles ont pour tâche de corriger les erreurs d’acheminement et d’éliminer les déchets non recyclables. Et ils sont encore nombreux à ce stade. Les mains s’agitent incessamment, les regards restent concentrés sur ce qui arrive en continu. De leur travail dépendra la qualité des balles envoyées aux recycleurs et donc de la baisse de votre taxe sur la collecte des déchets.

Etapes-du-tri centre de tri - Les Ecolonomes

 

Un travail très éprouvant

Ce n’est pas donné à tout le monde de devenir trieur. D’abord il faut passer outre le malaise provoqué par le passage incessant sur le tapis roulant. Beaucoup ressentent, ni plus ni moins, les symptômes du mal de mer et sont obligés d’arrêter. La station debout, le bruit, la chaleur en été et les gestes nombreux et répétitifs sont également un calvaire pour le corps, entraînant douleurs chroniques et arrêts maladie fréquents.

Ensuite, il faut être hyper pointu sur les matériaux recyclables et ceux qui ne le sont pas. Quand vous mettez une barquette en PVC dans le container d’emballages recyclables par flemme ou par méconnaissance, ce sera à eux de réparer votre erreur… s’ils en ont le temps ! Quand ça défile devant vous pendant 3 heures sans pause, je défie tout un chacun d’être à 100% efficace.

Il y a aussi des faux amis pas faciles à débusquer. On a déjà parlé des bouteilles en PET opaque qui perturbent les chaînes de tri, mais il y a aussi les emballages contenant plusieurs matières ou les encastrements de différents emballages réalisés « pour prendre moins de place ». Pour couronner le tout, les consignes de tri évoluent régulièrement et il faut savoir s’adapter.

 

À nous de jouer

Ces emplois pénibles peuvent s’améliorer avec notre concours. Plus le tri sera fait avec soin à la source, c’est à dire par nous, moins les trieurs souffriront dans leur travail. Pensez-y la prochaine fois que vous serez tentés de glisser un carton dans la benne réservée aux emballages… Relire les consignes de tri de sa commune ou s’informer auprès des organismes de sensibilisation au tri peut être un bon début. On a parfois des idées fausses ou obsolètes sur ce qu’il convient de faire. Séparez, dans la mesure du possible, tous les éléments d’un produit que vous envoyez au recyclage pour que chacun rentre dans la bonne poubelle. Pensez déchetterie pour tout ce qui est litigieux.

Et rappelez-vous que le soin que vous apporterez, en amont, à votre tri sélectif se répercutera sur votre facture en fin de course. Car, sur la chaîne, ce qui demande trop de temps à trier est tout simplement mis au rebut, productivité oblige ! Et où vont les rebuts à votre avis ? Rejoindre les OMR et alourdir votre facture, tout simplement…

Comme nous l’a affirmé notre accompagnateur du syndicat de traitement des déchets à la fin de la visite :

« Les gens croient que nous sommes des écolo, mais en fait nous sommes surtout des économes »

Et quand les deux se rejoignent, on devient écolonomes !

 

Auteur de l’article : Virginie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.